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PIERRE ET ROCHERS
«Il reste l’essentiel, ce vide que les années creusent en nous plus profondément, cette faim violente d’une réalité «extérieure», qui prend lentement la forme de notre réalité la plus secrète» Jean Bazaine.
«Ce qui est vu autrement, ce qui est vu, en quelque sorte, de l’intérieur de nous-mêmes, bien que vu au dehors, semble rejoindre en nous ce que nous avons de plus intime, ou ne se révéler tout entier qu’au plus intime de nous» Philippe Jaccottet.
De nombreuses promenades, au cours desquelles la contemplation imaginative de la nature ne fut jamais absente, orientèrent ma démarche vers l’expression plastique de choses qui, soudain, se font l’écho audible d’un bruit de fond inaudible.
Le sujet du tableau ne fait l’objet d’aucun avis de recherche. C’est à l’improviste et souvent là où je ne l’attends pas que le motif me saute aux yeux. Ainsi m’arrive-t-il d’être en présence de sites d'une dimension autre, sans commune mesure, une dimension enveloppante dont le déploiement abolit les séparations sans nier les différences.
Les rochers, avec lesquels j’éprouve une sorte de connivence immédiate, sont mon thème de prédilection.
Ils semblent immuables mais les signes révélateurs des phénomènes qui les dégradent sont là pour démentir cette impression.
Hiéroglyphes à fleur de roche, failles, fentes et cassures entament l’opacité de la pierre et l'engagent dans un lent et inexorable processus de fragmentation et d’effritement. Pas plus que tout ce qui est, la roche n'est soustraite à la force du devenir et à la métamorphose.
Cette perception visuelle de la «géométrie fractale» de la roche est à l’origine de la mise en chantier, à l’atelier, du tableau.
Les rochers ne me font pas voir ce que je désire peindre mais ils me permettent de dégager quelques lignes directrices qui préservent le lien avec le sujet et quelques signes qui me dispensent d’en faire une imitation.
Je ne peins ni une vue de la chose ni une vue de l’esprit, je ne veux ni dresser un constat de l’état de la chose, ni oublier la chose en m’évadant dans la rêverie. Je ne cherche pas plus à sauver les apparences qu’à trouver la clé des songes.
La mise en œuvre du tableau est le fruit d'une gestation en profondeur et en surface.
Au cours du travail de la matière picturale, la composition plastique de l'objet-tableau tend à se substituer à la représentation du sujet-motif. Lorsque l'articulation des lignes mélodiques forme avec l'orchestration des couleurs un ensemble cohérent, le tableau est ce qu'il doit d'abord être, "un fait plastique". Formellement,
"le fait plastique" se suffit à lui-même et lui seul suscite le "plaisir esthétique". Toutefois, comme je ne suis pas un puriste de l’art pour l’art, je ne coupe pas les ponts avec la réalité vécue. Je mets d'autant moins "le sujet à l'index", qu'il s'avère aujourd'hui indispensable pour que le tableau soit intelligible.
Quelque soit son degré de figuration ou d’abstraction la toile fait état de ce qui s'est tramé entre le visible et l'invisible. Trait d'union entre l'homme et la nature, le tableau fait voir «le dehors d’un dedans».
Ma peinture n’est pas démonstrative et n’a pas de message à délivrer, elle prend sens au terme de l’accord conclu et signé sur la toile entre intériorisation et extériorisation, représentation et expression.
Le tableau accompagne le silence des signes énigmatiques profondément gravés dans la pierre.
M. Charlier H.
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